Octobre Rose a commencé. Le 30 septembre, l’association Ruban Rose, qui coordonne la campagne en France (Octobre Rose et Ruban Rose sont ses marques), a lancé sa campagne 2026 avec une phrase qui parle à tous les clubs : « Se faire dépister, c’est déjà rebondir ! ». Les comités de la Ligue contre le cancer, de leur côté, invitent explicitement les clubs sportifs à mener des actions pendant le mois.
Le sujet vous concerne directement. Le cancer du sein est le premier cancer chez la femme en France : 61 214 nouveaux cas et 12 765 décès en 2023 en France métropolitaine, selon l’Institut national du cancer. Chaque semaine, votre club voit passer des joueuses, des mamans au bord du terrain, des bénévoles, des entraîneuses.
Cet article fait trois choses : il résume ce que la science dit vraiment du sport face au cancer du sein, il donne des pistes concrètes pour agir au club ce mois-ci, et il ouvre un sujet moins connu : la santé des sportives elles-mêmes, que le sport a longtemps étudiée sur des hommes.
Le sport ne remplace pas le dépistage. C’est le premier message d’Octobre Rose 2026, pour Ruban Rose comme pour la Ligue. Si un seul message doit passer dans votre club ce mois-ci, que ce soit celui-là.
Ce que l’activité physique change face au cancer du sein
Avant : un risque un peu plus bas, pas une protection
Les grandes synthèses vont dans le même sens, avec des effets modestes :
- Le Fonds mondial de recherche contre le cancer (WCRF) juge que l’activité physique protège « probablement » du cancer du sein après la ménopause, et l’activité soutenue avant la ménopause. Une activité soutenue est associée à un risque 17 % plus bas avant la ménopause et 10 % plus bas après ; l’activité physique totale, à un risque 13 % plus bas après la ménopause.
- La revue qui a servi aux recommandations américaines de 2018 retrouve, pour sept cancers dont celui du sein, des réductions de risque relatif d’environ 10 à 20 % entre les personnes les plus actives et les moins actives (McTiernan 2019).
- En France, le Centre international de recherche sur le cancer attribue 1 620 cancers du sein après la ménopause au manque d’activité physique en 2015, soit 3,8 % de ces cancers.
Dire « le sport protège du cancer du sein » serait faux. Dire « bouger régulièrement fait un peu baisser le risque » est juste.
Pendant et après les traitements : des bénéfices démontrés
C’est là que les preuves sont les plus solides pour la qualité de vie :
- Un consensus international de 2019 conclut que l’exercice est en général sans danger après un cancer, et que chaque personne devrait « éviter l’inactivité ». Une activité d’endurance modérée, au moins 3 fois 30 minutes par semaine pendant 8 à 12 semaines, améliore l’anxiété, les symptômes dépressifs, la fatigue, la condition physique et la qualité de vie. Ajouter du renforcement musculaire deux fois par semaine donne des bénéfices comparables (Campbell 2019).
- L’Institut national du cancer rapporte une baisse d’environ 25 % de la fatigue ressentie, jusqu’à 35 % pour le cancer du sein (INCa 2017).
- Le même rapport note qu’un exercice encadré du bras ne fait pas empirer le lymphœdème : l’ancienne consigne de ne plus se servir du bras opéré « ne semble plus indiquée ».
Sur la survie, les grandes cohortes observent environ 40 % de mortalité en moins chez les personnes actives après le diagnostic (cancers du sein, colorectal et de la prostate). L’INCa précise lui-même que la relation causale « devra être confortée par des essais d’intervention ». C’est un signal fort, pas encore une preuve.
Accueillir une adhérente après un cancer
Une adhérente qui revient après des traitements n’a pas besoin d’un discours. Elle a besoin d’un cadre qui l’accueille. Quelques repères utiles :
- L’activité physique adaptée (APA) sur prescription. Depuis la loi du 2 mars 2022, tout médecin qui intervient dans la prise en charge peut prescrire une activité physique adaptée à la pathologie et aux capacités de la patiente (article L1172-1 du Code de la santé publique).
- Les Maisons Sport-Santé. Il en existe 581 en France, selon le ministère des Sports. Elles orientent les personnes malades ou éloignées du sport vers une pratique adaptée. Savoir où se trouve la plus proche, c’est déjà pouvoir orienter.
- Le parcours de soins global après un cancer. Il finance un bilan d’activité physique, ainsi que des bilans diététique et psychologique, dans la limite de 195 € par patiente et par an depuis le 1er mai 2026.
- Une expérimentation dans trois régions. En Bretagne, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d’Azur, une expérimentation de deux ans rembourse les séances d’APA des personnes traitées pour un cancer, pendant ou après les traitements : jusqu’à 12 séances, renouvelables une fois. Elles sont encadrées par des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes, des psychomotriciens ou des diplômés d’une licence STAPS APA et santé.
Certaines fédérations ont des pratiques pensées pour cela. Les Dragon Ladies de la Fédération française de canoë-kayak réunissent une cinquantaine d’équipages, composés majoritairement de femmes opérées d’un cancer du sein. Le programme Avirose de la Fédération française d’aviron propose de l’aviron d’intérieur dans des cabinets de kinésithérapie formés.
Pour un club, la règle d’or est simple : c’est l’adhérente qui décide de ce qu’elle partage. Une information de santé n’a rien à faire dans un groupe WhatsApp ou dans une feuille de présence. Si elle vous en parle, demandez-lui ce dont elle a besoin, et adaptez la séance comme pour toute autre reprise.
Organiser une action au club pendant le mois
Pas besoin d’un grand événement. Une séance en rose, un match dédié, un stand d’information à la buvette, une marche entre membres : toutes ces actions comptent. Quelques règles pour bien faire :
Pour une course ou une marche sur la voie publique, le Code du sport (article R331-6 et suivants) distingue deux cas :
- avec chronométrage, classement ou horaire fixé à l’avance : déclaration au moins deux mois avant, après avis de la fédération délégataire (la FFA pour la course à pied). Pour octobre 2026, c’est trop tard : notez-le pour 2027 ;
- sans chronométrage ni classement : déclaration seulement au-delà de 100 participants, au moins un mois avant, à la mairie si l’événement reste dans une commune, sinon à la préfecture.
Une marche entre membres ou une séance au stade reste donc possible dès ce mois-ci.
Pour l’argent collecté, passez par les outils des associations bénéficiaires. Les donateurs reçoivent un reçu fiscal et chaque euro est traçable :
- la Ligue contre le cancer propose des pages de collecte en ligne, dont 100 % des dons vont aux comités départementaux ;
- Ruban Rose a ouvert sa collecte de dons 2026 ;
- en Belgique, Think Pink permet à un club de créer sa propre page d’action ; en Suisse, la Ligue contre le cancer mène sa campagne d’octobre.
Si votre club vend des articles roses « pour Octobre Rose », dites exactement quelle part va à quelle association. C’est la meilleure protection contre le soupçon d’opportunisme.
Les clubs ne partent pas de rien. Le Défi Rose 2025 de la Fédération française d’aviron visait 27 000 km d’aviron d’intérieur en un mois. En Guadeloupe, la ligue de handball a collecté 1 518,90 € lors d’une journée en rose, pour une association qui accompagne la vie et le sport après un cancer. Le FC Nantes fait jouer ses équipes en maillot rose ce mois-ci et reverse la moitié des bénéfices des ventes de ce maillot à deux associations nantaises.
L’angle mort : la santé des sportives elles-mêmes
Octobre Rose parle de la poitrine et de la santé des femmes. Dans le sport, ces deux sujets ont un angle mort beaucoup plus quotidien.
La poitrine, un frein à la pratique
Cette partie ne parle pas de cancer. Elle parle de confort, de participation et de performance, et elle concerne toutes vos joueuses :
- dans une enquête auprès de 540 sportives australiennes de niveau national ou international, dans 49 sports, 44 % déclaraient des douleurs aux seins pendant l’entraînement ou la compétition (Brisbine 2020) ;
- chez 2 089 collégiennes et lycéennes britanniques de 11 à 18 ans, 46 % disaient que leur poitrine avait un effet sur leur participation au sport, plus de la moitié ne portaient jamais de brassière de sport, et 87 % voulaient en savoir plus (Scurr 2016) ;
- chez les femmes adultes, la poitrine est un frein à l’activité physique pour 17 % d’entre elles (Burnett 2015).
Ce que peut faire un club : inscrire la brassière de sport dans la liste du matériel, au même titre que les chaussures, et en parler simplement en début de saison.
Une science construite sur des hommes
Sur 5 261 études de sciences du sport publiées de 2014 à 2020, 6 % seulement portaient uniquement sur des femmes (Cowley 2021). Beaucoup de conseils d’entraînement et de prévention donnés aux joueuses viennent donc d’essais menés sur des hommes.
Le genou et le ligament croisé
Les sportives ont environ 1,7 fois plus de ruptures du ligament croisé antérieur (LCA) que les sportifs, tous sports confondus, et 2,2 fois plus en football (Montalvo 2019). La bonne nouvelle : les échauffements neuromusculaires réduisent de 67 % les ruptures du LCA sans contact chez les femmes (Webster et Hewett 2018). Et c’est la régularité qui fait l’effet : dans l’essai suédois Knäkontroll, le tiers des joueuses les plus assidues avait un risque relatif de rupture de 0,12 (Hägglund 2013).
Garder les adolescentes dans le sport
Au Royaume-Uni, 43 % des filles qui se disaient sportives à l’école primaire se détachent du sport ensuite, contre 24 % des garçons, et 78 % des adolescentes évitent le sport pendant leurs règles (Women in Sport 2022). Une tenue au choix, des vestiaires où se changer à l’abri des regards, quelques protections hygiéniques dans la trousse de l’équipe : ces gestes ne coûtent rien.
Notre guide Côté Coach détaille tout cela, chiffre par chiffre, avec sur qui chaque étude a été menée : préparation physique des filles et des femmes. Les règles générales sont sur la page prévenir les blessures.
Ce que Paak fait déjà
Avec l’offre Paak Pro, un club active le module « Préparation physique & prévention » pour les équipes de son choix. Pour une équipe que le club a déclarée « Féminine » ou « Mixte », le constructeur de séance place en premier l’échauffement du genou et du ligament croisé, avec la mention « Recommandé pour cette équipe » et la raison :
- en football : FIFA 11+ Kids pour les moins de 9 ans, Knäkontroll pour les moins de 13 et les moins de 17 ans, FIFA 11+ pour les seniors ;
- en handball : le bloc de prévention du genou, à la dose de l’essai Knee Control, à partir des moins de 13 ans.
Chaque échauffement de prévention indique sur qui il a été étudié, par exemple « Étudié chez 4 564 footballeuses de 12 à 17 ans ». Sur la fiche de l’équipe, une carte montre combien de séances par semaine contenaient un bloc de prévention, par rapport à l’objectif du programme.
C’est le type d’équipe choisi par le club qui compte, jamais une donnée sur une joueuse. Paak ne collecte aucune information sur le cycle, la santé ou les antécédents d’une adhérente pour faire ces recommandations.
Voir comment activer le module, ou découvrir Paak pour un club de football ou un club de handball.
En octobre, trois gestes suffisent
- Parlez dépistage. Un message aux membres, une affiche au club-house : c’est le cœur d’Octobre Rose.
- Ouvrez une porte. Une séance en rose, une marche, une collecte via la Ligue, Ruban Rose ou Think Pink.
- Regardez vos équipes féminines. La brassière dans la liste du matériel, un échauffement du genou deux fois par semaine, toute la saison.
Le sport fait déjà beaucoup pour la santé des femmes. Il lui reste à les étudier, les équiper et les protéger aussi bien que les hommes.
Sources
- Institut national du cancer, épidémiologie des cancers du sein (chiffres 2023, page mise à jour le 22 juillet 2026).
- Ruban Rose, campagne de sensibilisation 2026 ; Ligue contre le cancer, Octobre Rose.
- World Cancer Research Fund, Continuous Update Project, Breast Cancer Report 2017.
- McTiernan A. et al. 2019, Medicine & Science in Sports & Exercise, doi 10.1249/MSS.0000000000001937.
- CIRC 2018, Les cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France métropolitaine, chapitre activité physique.
- Campbell K. L. et al. 2019, Medicine & Science in Sports & Exercise, doi 10.1249/MSS.0000000000002116.
- INCa 2017, Bénéfices de l’activité physique pendant et après cancer, synthèse.
- Article L1172-1 du Code de la santé publique ; ministère des Sports, Maisons Sport-Santé.
- Arrêté du 24 décembre 2020 modifié (parcours de soins global après un cancer) ; décret n° 2026-281 du 14 avril 2026 et arrêté du 13 mai 2026 (expérimentation APA).
- Fédération française de canoë-kayak, Dragon Ladies ; Fédération française d’aviron, Avirose et Octobre Rose 2025.
- Code du sport, articles R331-6 et suivants.
- Think Pink, créer sa propre action ; FFHandball, Octobre Rose en Guadeloupe ; FC Nantes.
- Brisbine B. R. et al. 2020, Journal of Sports Sciences, doi 10.1080/02640414.2020.1712016.
- Scurr J. et al. 2016, Journal of Adolescent Health, doi 10.1016/j.jadohealth.2015.10.005.
- Burnett E. et al. 2015, Journal of Physical Activity and Health, doi 10.1123/jpah.2013-0236.
- Cowley E. et al. 2021, Women in Sport and Physical Activity Journal, doi 10.1123/wspaj.2021-0028.
- Montalvo A. et al. 2019, British Journal of Sports Medicine, doi 10.1136/bjsports-2016-096274.
- Webster K. E. et Hewett T. E. 2018, Journal of Orthopaedic Research, doi 10.1002/jor.24043.
- Hägglund M. et al. 2013, British Journal of Sports Medicine, doi 10.1136/bjsports-2013-092644.
- Women in Sport 2022, enquête sur le décrochage sportif des adolescentes (Royaume-Uni).