Novembre est le mois de la santé des hommes. La campagne la plus connue s’appelle Movember : une fondation australienne qui, chaque année, finance la recherche et la prévention sur trois sujets, la santé mentale et la prévention du suicide, le cancer de la prostate et le cancer du testicule. En novembre 2025, près de 266 000 participants ont levé 136,8 millions de dollars australiens, dont 6,5 millions en Europe continentale (rapport annuel 2026 de la fondation).
Un club sportif est concerné trois fois. Le cancer du testicule touche d’abord des hommes jeunes, l’âge des joueurs. Le cancer de la prostate touche les hommes de plus de 45 ans, l’âge des dirigeants, des entraîneurs et des parents. Et la santé mentale concerne tout le monde, dans un lieu où des hommes se voient chaque semaine.
Cet article fait ce que nous avions fait en octobre pour la santé des femmes : il sépare ce que les études permettent de dire de ce qu’elles ne permettent pas, il donne la position officielle de la France, et il propose des gestes de club qui tiennent dans un mois, sans transformer novembre en argument de vente.
Un mot sur ce que nous ne disons pas. Nous n’écrirons pas que le sport protège du cancer de la prostate ou du testicule : les études ne le montrent pas. Nous n’écrirons pas « faites-vous dépister » : aucune autorité de santé française ne le recommande à tous. Et nous ne ferons pas de novembre une promotion. Les chiffres ci-dessous disent chacun d’où ils viennent.
Ce que le sport fait, et ne fait pas, pour la santé des hommes
Pour le cancer de la prostate, l’activité physique n’est pas un facteur établi. Le World Cancer Research Fund, qui passe en revue toute la littérature, classe le lien entre activité physique et cancer de la prostate dans la catégorie « limité, pas de conclusion » (rapport 2014, révisé 2018). Les facteurs qu’il retient comme probables sont ailleurs : la corpulence pour les formes avancées, et la taille adulte. C’est une différence nette avec le cancer du sein, où le même organisme juge « probable » qu’une activité régulière protège après la ménopause.
Pour le cancer du testicule, aucun sport n’est en cause. Une étude américaine n’a trouvé aucun lien entre le vélo, les activités intenses ou la sédentarité et ce cancer (Littman, 2009). Ce qui compte, c’est de connaître ce qui est normal pour soi et de consulter si quelque chose change.
Pour la santé mentale, le sport collectif compte, sans que l’on puisse dire qu’il guérit. Une revue de 2013 conclut que le sport en club ou en équipe est associé à une meilleure santé mentale que l’activité pratiquée seul, tout en précisant que les études ne permettent pas d’établir la cause (Eime, 2013). Un essai mené dans 44 clubs auprès de 704 adolescents, avec le programme « Ahead of the Game » de Movember, a mesuré plus de résilience et une intention plus forte de demander de l’aide (essai randomisé en grappes, 2026). Le club n’est pas un lieu de soin. C’est un lieu où l’on se parle.
Après un cancer, l’activité physique aide. Pour la fatigue, la force, la fonction et la qualité de vie, les preuves sont suffisantes pour recommander d’éviter l’inactivité (Campbell, 2019). Chez les hommes sous traitement hormonal pour un cancer de la prostate, un exercice encadré améliore probablement la qualité de vie et la marche (méta-analyse, 2021). En France, l’activité physique adaptée est prescrite par un médecin (code de la santé publique, L1172-1). Aucune étude n’a montré un effet sur la survie : le grand essai qui devait le mesurer a été arrêté avant la fin, sans résultat.
La prostate : la position de la France, telle qu’elle est
En France, il n’existe pas de programme national de dépistage du cancer de la prostate, et aucune autorité de santé ne recommande un dépistage systématique par dosage du PSA (Institut national du cancer, 6 novembre 2025 ; Assurance maladie ; Haute Autorité de santé, 2012). Le cancer de la prostate reste le premier cancer masculin : 59 885 nouveaux cas en 2018 et 9 200 décès en 2021, selon le Panorama des cancers 2024 de l’INCa.
Le message à un adhérent n’est donc pas « faites-vous dépister ». C’est : le dépistage a des avantages et des limites ; si vous vous posez la question, surtout si un proche parent a eu ce cancer, parlez-en à votre médecin pour décider en connaissance de cause. Nos voisins sont dans la même situation : pas de programme en Suisse, où des projets pilotes sont en cours (Ligue suisse contre le cancer, 2025), pas de programme en Belgique, où le KCE réexamine la question, pas de dosage du PSA dans l’examen annuel proposé en Allemagne à partir de 45 ans (G-BA, 2025). L’Angleterre vient de décider un dépistage ciblé, pour les hommes de 45 à 61 ans porteurs d’une variante à risque du gène BRCA2.
Le testicule : le cancer des jeunes joueurs, et il se soigne très bien
En France, le cancer du testicule est le cancer le plus fréquent chez les hommes de 15 à 35 ans, avec environ 2 300 cas par an (INCa). C’est exactement la tranche d’âge des équipes seniors et des juniors. Il se soigne très bien : en Allemagne, où le registre publie ce chiffre, 97 % des hommes sont en vie cinq ans après le diagnostic (Zentrum für Krebsregisterdaten, RKI).
Aucune autorité de nos pays ne recommande un examen systématique, ni par un médecin ni par soi-même (le groupe de travail américain le déconseille même, grade D). Le conseil du NHS est plus simple et plus utile : connaître ce qui est normal pour soi, et voir un médecin si quelque chose change, une grosseur, un gonflement, une sensation de lourdeur, une douleur qui ne passe pas.
Un dernier point, souvent oublié : dans les sports où le règlement la prévoit, la coquille fait partie de l’équipement. Chez 731 jeunes sportifs américains interrogés, 18 % avaient déjà eu une blessure aux testicules et 13 % portaient une coquille (Bieniek, 2014).
Se parler : le club comme endroit où l’on prend des nouvelles
En 2022, 6 925 hommes et 2 275 femmes se sont suicidés en France, trois fois plus d’hommes que de femmes (Observatoire national du suicide, février 2025). Nous ne tirerons pas de ce chiffre un slogan. Les guides de prévention sont clairs : pas de chiffre-choc, pas de cause unique, et, à la place, dire où trouver de l’aide et montrer que demander de l’aide marche.
Ce que peut faire un club tient en une phrase : après l’entraînement, prendre des nouvelles les uns des autres. Si quelqu’un va mal, écouter sans juger, et lui indiquer la ligne d’écoute. En France, le 3114 répond gratuitement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Une précision qui compte : les hommes ne « refusent » pas de consulter. L’écart brut de 32 % entre hommes et femmes tombe à 5 à 8 % à pathologie égale (Wang, 2013). Une invitation vaut mieux qu’un reproche.
Ce qu’un club peut faire en novembre
- Informer tous les adhérents, sans cibler. Un seul message, à tout le monde : il touche aussi les conjointes, les parents et les amis, qui sont souvent ceux qui poussent un homme à consulter. Cinq repères suffisent : se parler, connaître ce qui est normal pour soi, la position du pays sur le dépistage de la prostate, la ligne d’écoute, et l’activité après un cancer.
- Laisser un moment pour se parler à la fin d’une séance du mois. Rien à organiser.
- Rappeler aux jeunes joueurs ce qui est normal pour eux et quand voir un médecin, et la coquille là où le règlement la prévoit.
- Collecter des fonds, si le club le souhaite, directement chez Movember. La fondation propose un défi sportif pour les clubs et le « Move », 60 kilomètres à pied ou en courant dans le mois. L’inscription se fait sur son site, et les dons lui vont directement. Nous n’en touchons rien et nous ne sommes pas partenaires de Movember.
- Rester juste. Ne pas faire du mois un argument pour vendre des adhésions ; si le club collecte, annoncer le montant et l’association qui le reçoit ; ne rien noter sur la santé d’un adhérent ; demander l’accord des deux parents avant de publier la photo d’un mineur ; et pas d’alcool : en France, la loi Évin interdit qu’une marque d’alcool parraine un événement sportif du club.
Ce que Paak fait en novembre
Dans l’application, sur l’écran Entraînement, une carte de novembre reprend ces cinq gestes, sur toutes les offres, y compris l’offre gratuite. Elle ouvre un message prêt à envoyer à tous les adhérents, sans publicité, avec la position de votre pays sur le dépistage de la prostate, la ligne d’écoute de votre pays et des sources officielles, à relire et adapter avant l’envoi. Elle renvoie vers le site de Movember pour les clubs qui veulent collecter, et vers Partenaires pour noter l’action menée, avec le nombre de personnes touchées. Rien n’est enregistré sur la santé d’un adhérent : il n’y a ni case, ni étiquette, ni filtre.
Comme en octobre, cette carte disparaît le 1er décembre. Ce qui reste, c’est l’habitude de prendre des nouvelles.
Sources principales : Movember, rapport annuel 2026 et pages « Keeping it legal » ; WCRF/AICR, rapport prostate 2014 révisé 2018 ; Littman et al., 2009 ; Eime et al., 2013 ; essai « Ahead of the Game », 2026 ; Campbell et al., 2019 ; méta-analyse exercice et hormonothérapie, 2021 ; INCa, pages cancer de la prostate (6 novembre 2025) et cancer du testicule, Panorama des cancers 2024 ; Assurance maladie ; HAS 2012 ; Ligue suisse contre le cancer, 2025 ; KCE, étude 2024-10 ; G-BA, communiqué du 16 octobre 2025 ; UK National Screening Committee, 2026 ; Zentrum für Krebsregisterdaten (RKI) ; USPSTF, 2011 ; NHS ; Bieniek et al., 2014 ; DREES, Observatoire national du suicide, février 2025 ; Wang et al., 2013 ; 3114.fr. Toutes lues en octobre 2026.