Techniques fondamentales

ENTRAÎNEMENT ESCRIME Temps estimé : 12 min Mis à jour le 28 juillet 2026
Quatre familles de gestes construisent un escrimeur : la garde, les déplacements, le travail de lame et la gestion de la mesure. Aucune ne s'enseigne à l'identique aux trois armes : la garde de sabre n'est pas celle du fleuret, et les parades de sabre ne sont pas un sous-ensemble de celles du fleuret. Ce guide sépare ce que disent les règlements de ce que dit la pratique.

La garde, arme par arme

La structure commune : pieds en « L », à angle droit, pied avant pointé vers l'adversaire, pied arrière tourné à 90°, écart d'environ une largeur d'épaules ; genoux nettement fléchis, poids réparti sur les deux jambes ; bras armé à une largeur de main du corps, coude fléchi, lame légèrement relevée. En début d'assaut, la première position : talons joints à angle droit, arme vers le sol. L'arbitre place chaque tireur de façon que le pied avant soit immédiatement en arrière de la ligne de mise en garde, à 2 m du milieu de la piste.

  • Fleuret et épée : la garde de base est la sixte — main en supination, pointe au-dessus de la main, ligne haute extérieure couverte. Sabre : la garde de base est la tierce — main en pronation, pointe au-dessus de la main, flanc et ligne haute extérieure couverts. L'école soviétique (Nazlymov) élargit légèrement cette garde pour engager les grands muscles des jambes ; le bras reste souple et ne dépasse jamais 90 % de son extension sur le coup, afin de pouvoir changer de direction ; la main est portée en arrière, près du corps, et n'est avancée « qu'au dernier moment nécessaire ».
  • Épée, discipline du coude : le coude doit être ramené dans l'alignement de l'avant-bras, de la main, de la coquille et de la pointe. Un coude sorti est une cible offerte, et il impose une rotation des os de l'avant-bras pendant l'extension : « une mauvaise position de coude fera baisser la pointe et la fera dévier vers l'intérieur pendant l'extension ».

Marche, retraite, balestra

  • La marche : le pied avant se lève talon d'abord, avance, et se pose talon d'abord ; le pied arrière pousse puis suit pour rétablir la garde. La cadence d'enseignement de Nazlymov tient en deux syllabes : sur « eeeeeh » le pied avant part lentement, sur « un » le pied arrière remonte vite. Cette dissymétrie est tout l'intérêt : le tireur doit pouvoir commencer un pas, voir un changement et repartir en arrière sans perdre l'équilibre. Le principe qui gouverne le tout : « l'élan est l'ennemi de l'escrimeur ». Fautes : pied arrière en retard (« un pied arrière tardif ralentit toute l'action ») et buste penché en avant pour gagner de la distance, ce qui télégraphie l'intention et détruit la capacité à rompre.
  • La retraite : le pied arrière part le premier et touche par la plante ; le pied avant recule ensuite. La taille de la retraite est une variable tactique, pas une technique figée : remplacer la retraite complète avec main retirée par une demi-retraite main en avant permet une riposte directe rapide. Faute classique : retirer le bras armé en rompant, ce qui tue la riposte.
  • La balestra : un petit bond en avant, les deux pieds se posant ensemble, talons décollés, sur moins d'une longueur de pied, immédiatement suivi d'une fente ou d'une flèche. Elle augmente l'élasticité des jambes et permet de changer de rythme. Fautes : sauter vers le haut plutôt que vers l'avant, atterrir pieds écartés, et surtout marquer un temps d'arrêt entre le bond et la fente.
  • Trois classes fonctionnelles de déplacement à utiliser comme taxonomie : les déplacements de manœuvre (tenir la distance et explorer les réactions), de préparation (voler du temps à l'adversaire) et d'attaque (courts, explosifs, plus rapides que les deux autres). « Meilleur est le tireur, moins il manœuvre et plus il prépare. »

La fente

Technique · Jambes

La fente : le bras d’abord, la poussée vers le sol

Deux fautes mesurées séparent le débutant du tireur d’élite : le pied qui part avant la main, et la jambe avant qui se fléchit avant de s’étendre.

Escrimeur en fente vu de profil, avec les deux directions de force et l’ordre bras-puis-jambe. Un escrimeur est représenté de profil, en fin de fente. La jambe arrière est complètement tendue vers l’arrière et son pied reste à plat sur le sol ; la jambe avant est fléchie, le genou à la verticale de la cheville, à peu près à angle droit. Le bras armé est tendu vers l’avant, à hauteur d’épaule, la pointe alignée avec l’épaule, le coude et la main. Une première flèche part de la main et pointe vers l’avant, avec la mention « le bras part le premier » : c’est l’ordre exigé par le règlement dans les armes à priorité. Une deuxième flèche part du pied arrière et pointe vers le bas, à la verticale, avec la mention « pousser dans le sol » : la force ne se dirige pas vers l’arrière, elle s’applique vers le bas à travers tout le pied arrière. Une ligne verticale en pointillés tombe du genou avant jusqu’au sol, et une note indique qu’au sabre la touche doit arriver au plus tard quand ce pied avant se pose. 1. le bras part le premier 2. pousser dans le sol pose du pied avant
POINTS CLÉS

Le sol n’est pas derrière le tireur, il est dessous : la puissance de la jambe arrière s’applique vers le bas, à travers tout le pied. Épaule relâchée pour que la pointe ne tombe pas pendant l’extension.

FAUTES MESURÉES

Les débutants montrent environ deux fois le délai main-pied des tireurs d’élite, et fléchissent davantage le genou avant avant de l’étendre. La fente reste courte, équilibrée et solide : les longues fentes sont à éviter.

Au sabre, cette pose du pied avant est une échéance réglementaire : la touche doit arriver au plus tard quand le pied avant se pose (t.101.3.a). Au fleuret, la règle porte sur l’ordre — le bras doit commencer à s’allonger avant que la fente ne soit lancée (t.83.2.a).

Séquence : le bras s'étend d'abord — exigence réglementaire aux armes à priorité —, le pied avant part, la jambe arrière pousse. Au sabre, le règlement impose en plus une échéance : l'attaque avec fente est correcte si « le début de l'allongement du bras précède le déclenchement de la fente et que la touche arrive au plus tard quand le pied avant se pose ». Le point d'enseignement majeur concerne la direction de la poussée. Les élèves disent spontanément que la jambe arrière pousse vers l'arrière. C'est faux : le sol n'est pas derrière le tireur, il est dessous. La puissance de la jambe arrière s'applique vers le bas, dans le sol, avec tout le pied — « visualisez que vous enfoncez le plancher ». Le retour en garde n'est pas non plus une affaire de jambe avant : une fois le pied avant décollé, la jambe avant ne peut plus rien pousser ; c'est en ramenant la jambe arrière tout en fléchissant le genou arrière qu'on se tire vers l'arrière autant qu'on se pousse. Les cinq fautes de fente les mieux documentées :

  1. Désynchronisation main-pied. Les novices montrent environ deux fois le délai main-pied des élites (0,13 s contre 0,07 s). Correction : isoler l'extension, puis l'extension-fente sur signal.
  2. Pointe qui tombe, par épaule crispée. Correction : « une épaule comme de l'eau », testée en visant puis en sautant sur place sans bouger la pointe.
  3. Fente trop longue ou buste penché pour atteindre une distance qui n'existe pas. « La fente est toujours courte, équilibrée et solide. »
  4. Genou avant pré-fléchi avant l'extension — la signature du niveau intermédiaire, mesurée : les intermédiaires fléchissent davantage le genou avant là où les élites poussent avec la jambe arrière.
  5. Retour en garde sur la seule jambe avant — lent, et le tireur reste exposé.

Repères mesurés : longueur de fente 1,17 ± 0,17 m chez des élites contre 1,02 ± 0,1 m chez des novices ; la vitesse de l'arme est prédite à 74 % par l'amplitude du genou arrière et les flexions de hanche.

Flèche et pas croisés

  • La flèche est légale au fleuret et à l'épée, et interdite au sabre (article t.101.5), au même titre que tout mouvement avant où le pied arrière dépasse complètement le pied avant. Toute infraction relève des pénalités du 1er groupe : la touche du fautif est annulée, celle de l'adversaire reste valable.
  • Chez six épéistes de niveau mondial, la flèche a produit une phase de mouvement plus courte et une force verticale de jambe arrière plus faible que la fente — la flèche est mécaniquement supérieure pour une livraison explosive, là où elle est autorisée.
  • Le « flunge » du sabre existe précisément à cause de l'interdiction : une fente sautée qui ne croise pas les pieds — et dont la touche doit malgré tout arriver avant la pose du pied avant pour valoir attaque. Les pas croisés en avant au fleuret sont légaux mais coûteux : « les pas en avant continus, jambes se croisant, constituent une préparation, et sur cette préparation toute attaque simple a la priorité » (t.84.3). C'est la règle la moins enseignée du fleuret. À l'épée, en l'absence de convention, ils ne sont pas pénalisés.

Parades et ripostes

Le règlement distingue les parades simples ou directes (dans la même ligne que l'attaque) des parades circulaires ou contre-parades (dans la ligne opposée). Les huit positions de main ne sont pas employées de la même façon selon l'arme :

SystèmeFleuret et épéeSabre
Parades usuellesSixte et octave (extérieur), quarte et septime (intérieur)Tierce (flanc), quarte (poitrine), quinte (tête) — seconde pour la ligne basse extérieure
MécaniqueOn dévie la lame, souvent tôt et en mouvementOn bloque plutôt qu'on ne dévie, en position statique prise le plus tard possible pour ne pas se faire tromper par une feinte
Cas particuliersLa prime est surtout transitoire ; la parade en cédant de prime est en revanche une action vivante à l'épée contre une riposte de contre-sixteL'octave n'existe pas ; la neuvième est historique et obsolète

Ne modélisez pas les parades de sabre comme un sous-ensemble de celles du fleuret : ce sont deux systèmes distincts. Les ripostes, telles que le règlement les définit : directe (touche sans quitter la ligne de la parade) ; le long de la lame ; indirecte par dégagement (ligne opposée, en passant sous la lame si la parade était en ligne haute, au-dessus si elle était en ligne basse) ; indirecte par coupé (la lame passant toujours au-dessus de la pointe adverse) ; composée par doublé (après un cercle complet autour de la lame) ; composée par une-deux (retour dans la ligne de la parade après un passage dans la ligne opposée). La riposte peut être immédiate ou retardée. La contre-riposte est l'action offensive de celui qui a paré la riposte.

Préparations et prises de fer

  • Battement, pression, engagement et changement d'engagement, feinte, balayage, invitation, fausse attaque. Une préparation de lame vole du temps ou restreint les actions adverses.
  • La règle du battement : l'attaque par battement conserve la priorité « quand le battement est porté sur le faible de la lame adverse, c'est-à-dire les deux tiers les plus éloignés de la coquille ». Un battement sur le fort est mal exécuté et rend la riposte immédiate à l'adversaire. Et la règle de timing la plus actionnable : un battement porté sur le pied avant dissuade l'adversaire d'attaquer dans la préparation, mais lui laisse le temps de se défendre — l'attaque qui suit devra donc commencer par un dégagement. Un battement porté sur le pied arrière, plus près et plus tard, permet encore une attaque simple.
  • Prises de fer : opposition (contact maintenu), liement (la lame est portée dans la ligne diagonalement opposée — un « transport diagonal »), croisé (même côté, du haut vers le bas ou l'inverse), enveloppement (cercle complet, on finit dans la même ligne — un « transport circulaire »), coulé. Leur valeur est démontrée pour le tireur le plus petit : contrôler la lame adverse sur plusieurs temps est bien moins risqué que la pression ou le battement, auxquels l'adversaire peut répondre en replaçant simplement sa pointe.
  • Les renouvellements, tels que définis par le règlement : la remise (action simple et immédiate qui suit l'attaque sans retirer le bras), le redoublement (action nouvelle, simple ou composée, contre un adversaire qui a paré sans riposter ou qui a rompu), la reprise d'attaque (nouvelle attaque exécutée immédiatement après un retour en garde).

Mesure et temps d'escrime

Le règlement ne donne qu'une définition : « le temps d'escrime est le temps nécessaire à l'exécution d'une action simple ». Tout le reste est du vocabulaire de maîtres d'armes — la classification usuelle en distance longue, moyenne, courte, de fente et de marche-fente n'est publiée par aucune fédération. Ce qui est sourcé, en revanche, est fonctionnel et utilisable :

  • La mesure de préparation se définit par un protocole : trouvez la distance à laquelle l'élève touche par une attaque simple directe, puis faites-lui faire un pas en arrière.
  • Les deux distances de l'épée. Les cibles avancées — main et pied — sont proches mais petites, faciles à défendre et rapides à retirer ; le corps est plus facile à toucher mais bien plus loin. D'où l'anomalie propre à l'épée : « on peut être trop près et trop loin en même temps ». C'est la zone morte : la cible proche est dépassée, la cible profonde reste hors d'atteinte.
  • La zone de danger se mesure plutôt qu'elle ne s'explique : les deux tireurs allongent le bras, le plus grand pose sa pointe sur une cible facile, le plus petit note jusqu'où la sienne atteint — et n'attaque ensuite jamais plus profond que ce repère. Le tempo se définit comme une relation entre distance, vitesse et technique — pas comme une simple vitesse : une exécution rapide sur une longue distance peut prendre plus de temps réel qu'une exécution lente à courte distance. Règle directrice : les actions en un temps sont toujours préférables, et une attaque ne doit s'étirer sur plusieurs temps que si l'on contrôle la lame adverse.

Sources

Règlement technique de la FIE, édition décembre 2025 (t.8, t.9, t.11, t.13, t.14, t.22, t.83, t.84.3, t.85.1, t.101.3, t.101.5) · Règlement matériel de la FIE, décembre 2025 · Paul Sise, 42 Views of Épée (2007) pour la fente, le coude, les transports, la zone de danger et le sentiment du fer · Allen L. Evans, A Coaches Compendium (notes de stages avec Vladimir Nazlymov, tempo à l'épée, préparations) · Guan et al. 2018, Gholipour et al. 2008, Bottoms et al. 2013 pour la biomécanique de la fente · Borysiuk et al. 2019 pour la comparaison flèche / fente. Le vocabulaire de distance en quatre ou cinq niveaux n'est publié par aucune fédération et n'est donc pas présenté ici comme un système officiel. Contenu vérifié en juillet 2026.

Les différences de conventions entre les trois armes sont détaillées dans Les trois armes : fleuret, épée, sabre.
Dernière mise à jour : 28 juillet 2026 ID : help.escrime.techniques-fondamentales